Les poèmes de Jean, le Barde

Dernière mise à jour : 19 déc. 2021



Pas de mots inutiles, lisez plutôt :


et pendant ce temps là


On voudrait un musée

un musée du futur

avec des collections

de vieilles utopies

dévorées par l’usure

et rongées d’amertume

avec un inventaire

de fausses solutions

et de pâles copies

de modèles anciens


mais nous sommes réduits

réduits au tous chez soi

au musée domestique


on visite à toute heure

ses propres collections

de précieuse mémoire


mais on n’entendra pas

le gardien vigilant

vociférer « on ferme ! »


et pendant ce temps là

les musées au présent

nous privent du passé

congelant les génies


et pendant ce temps là

la gamberge s’envole

vers un homme augmenté

assignant au présent

des humains diminués


espérons cependant

que les toiles dialoguent

échangeant leurs secrets

tout en se languissant

de croiser nos regards

en cure d’abstinence




Ballade des oiseaux maudits


Amis ornithologues

du travail vous attend

pour nouer un dialogue

avec les indécents

oiseaux que l’on a dit

de très mauvaise augure

Leurs expressions raidies

condamnent nos figures

et ce jusqu’au printemps

à recouvrir leurs dents,

-faciès contre nature-

d’un voile paravent



Amis des emplumés

porteurs de prophéties

tel Cassandre englués

redonnez-nous la fête

recouvrez de goudron

les fatals volatiles

qui font tourner en rond

nos esprits versatiles

Et si nos environs

cessent d’être fébriles

nous y retrouverons

quelques propos futiles



Amis taxidermistes

conservez empaillés

les phraseurs alarmistes

qui d’un ton embrouillé

congelaient nos espoirs

de sortir d’un tunnel

où piétine l’Histoire

agitant les crécelles

d’un temps prison sans fin

où l’homme est confronté

à d’incertains confins

aux rives démontées




Communication

comme unique action ?


Communication

comme unique action

le fait se fait mythe

le faux sans défaut

le vrai qui effraie


Communication

comédie d’action

dessin sans dessein

destin sans festin

demain sans chemin


Communication

comme une addiction

toile sans étoile

rumeurs et humeurs

déni sans délit


Communication

comme indication

message dressage

langage bagage

aux marges du large


Communication

comme une effraction

règne de l’araigne

des mots sans émaux

et des mots démons


Communication

comme éducation

en songe et mensonge

en ligne et consigne

en fuite et poursuite


Communication

comme une intrication

maîtrise et mainmise

gris sage et grillage

mot guide et mots vides



Communication

comme unie fraction

en caste enkystée

fléchage et léchage

clôture et clonage


Communication

comme urtication

grattage et bourrage

griffure et enflure

idées trop bridées


Communication

comme explication

la clé assénée

livrée agréée

bonne à consommer


Communication

comme une infraction

sens unique inique

sens en contre essence

sens del’ indécence


mais parfois aussi


Communication

comme invitation

échange entre branches

égards et regards

accueil sans écueil


Communication

comme une affection

d’amour et d’humour

tendresse et caresse

reflets sans regrets


Communication

comme unie Nation

parole en corolle

alliance et vaillance

pourtour et parcours



Villes viles


Ville décor

ville des corps

offerts la nuit

trompe ennui

si vous voulez

vous dessaouler



Ville séjour

ville détour

des rues musées

des vues rusées

impasses lasses

et mornes places



Ville hors les murs

ville mixture

ancienne enceinte

cité repeinte

périphéries

sans leurs prairies



Ville copie

ville aux faux plis

où est ton âme

où git ta flamme

exil du ventre

sorti du centre



Ville utopie

ville toupie

terrasses miel

en gratte fiel

spirale étrange

et dalle échange



La même intention


Il est des ambitions

qui avancent masquées

d’autres sans se cacher

mais la même intention :

accéder au contrôle

de l’humain sur l’humain

feignant tendre la main

…..mais à chacun son rôle

à chacun son matin

sans aube qui se lève

sans sécrétion de sève

pour l’exclu du destin


On parlait d’ascenseur

mais Roux Combaluzier

renvoie à l’escalier ;

en panne est son moteur



Il est des ambitions

sans besoin d’une échelle

sans s’ériger rebelle

pour dompter la Nation


Il suffit d’avoir père

au nom qui sonne haut

un carnet, un réseau

et une once de flair

Ajoutez des compères

sur les bancs d’un lycée

et vous serez hissé

au rang des fiers confrères


Vous appendrez les codes

irez sur les plateaux

hanterez les studios

en épousant leurs modes


Il est des ambitions

domaines réservés

aubaines préservées

jouant leurs partitions




Sol bosselé


Sur un sol bosselé

comme agité de vagues

dans un temps désolé

comme habité d’opaque

le monde est exilé

sur son propre terroir

aux rebords déformés,

remisant au tiroir

les clauses réformées

de nos anciens contrats,

avec points à la ligne.

Ligotés dans les bras

d’une pieuvre maligne

prête à nous étrangler

si à un moindre signe

venu de l’étranger

nous frémissons d’espoirs

nourris d’une utopie

aux contours de miroirs

où le monde copie

ses rêves d’une fête

où l’homme en carmagnole

déroule sans prophètes

ses fils de course folle


Sur un sol malmené

comme infiltré de fiel

dans un temps détourné

des promesses de miel



Claviers, jeux et pédaliers


Dessous le clavier du piano

il y a des milliers de notes

qui attendent des mariages

insolites et à tous vents

des accords et des dissonances

des rencontres en noir et blanc

accouchant de couleurs inouïes



Dessous les touches effleurées

il y a des semelles feutres

murmurant leurs sous entendus

de ruissellements délicats

s’écoulant en arc en ciel

des irisations multipliées

naissant de doigts hallucinés



S’évadant du buffet de l’orgue

batifolent des airs baroques

des noëls venus de la rue,

s’épanchent des cœurs romantiques

grondent des orages grandioses

saturant la nef de zébrures

embrasant la voûte d’ogive



Et, sublime dans sa tribune,

le maître des jeux et registres

jouit d’un pouvoir d’apocalypse.